Sur un voilier qui remonte un chenal balisé de nuit, confondre le feu rouge et le feu vert revient à prendre le sens interdit sur une autoroute. Le côté gauche du bateau s’appelle bâbord, le côté droit tribord, à condition de se placer face à l’avant. Toute la signalisation maritime, des feux de navigation aux bouées latérales, repose sur cette convention.
Bâbord et tribord : repère fixé par l’axe du bateau
On entend souvent la question formulée comme « gauche ou droite », mais sur un navire ces mots n’ont aucun sens opérationnel. Selon qu’on regarde vers la proue ou vers la poupe, la gauche change de côté. Bâbord et tribord suppriment cette ambiguïté : ils sont liés à la coque, pas à l’observateur.
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La référence est toujours la même : on se place dans l’axe longitudinal du bateau, regard dirigé vers l’avant. Bâbord est alors à gauche, tribord à droite. Cette orientation ne varie jamais, que le navire soit un dériveur de quatre mètres ou un porte-conteneurs.
Les deux termes viennent du néerlandais. « Stuurboord » désignait le côté où se trouvait le gouvernail (la rame de gouverne, fixée à droite sur les navires vikings et médiévaux). « Bakboord » désignait le côté opposé, celui du dos du barreur. En français, on a gardé la structure : tribord pour le côté du gouvernail, bâbord pour le côté opposé.
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Feux de côté rouge et vert : identifier un navire la nuit
Chaque bateau porte un feu rouge à bâbord et un feu vert à tribord. Ce code couleur sert à déterminer, de loin, le cap relatif d’un navire que l’on croise.
Si on voit le feu rouge d’un autre bateau, on observe son flanc bâbord, ce qui signifie qu’il se déplace de notre droite vers notre gauche. Si on voit le vert, il se déplace de gauche à droite. Voir les deux feux simultanément signifie que le navire vient droit sur nous, situation qui déclenche les règles d’évitement.
L’angle couvert par chaque feu de côté est normalisé. Chaque feu éclaire un secteur qui va de l’avant du navire jusqu’à légèrement en arrière du travers. Cette couverture garantit qu’un observateur situé dans n’importe quelle direction avant ou latérale voit au moins un feu de couleur.
Le piège classique : feux du navire et bouées de chenal
Le rouge et le vert des feux de navigation sont fixés au bateau (rouge à bâbord, vert à tribord). Les bouées latérales utilisent aussi du rouge et du vert, mais selon une logique différente, liée au sens conventionnel de balisage. Confondre les deux systèmes est l’erreur la plus fréquente chez les débutants et dans les QCM du permis.
Bouées latérales et balisage : la couleur change selon la zone du globe
Le balisage latéral indique les limites d’un chenal navigable. On distingue deux grandes régions définies par l’AISM (Association internationale de signalisation maritime) :
- En région A (Europe, Afrique, Australie, la plupart de l’Asie), une marque rouge signale le côté bâbord en entrant dans un chenal depuis le large. Le vert est à tribord.
- En région B (Amériques, Japon, Corée du Sud, Philippines), c’est l’inverse : le rouge indique tribord, le vert indique bâbord.
- La forme des bouées reste un indice complémentaire utile : cylindrique d’un côté, conique de l’autre. Cette redondance aide par mauvaise visibilité ou en cas de déficience de la vision des couleurs.
Un moyen mnémotechnique appris en Méditerranée ne fonctionne donc pas tel quel en Floride. Avant de naviguer dans une nouvelle zone, on consulte les cartes marines locales et les publications nautiques pour vérifier la direction conventionnelle du balisage.
Le sens conventionnel de balisage n’est pas toujours « du large vers le port »
On résume souvent la règle par « en entrant au port ». En réalité, la direction conventionnelle est fixée par l’autorité maritime locale. Le long d’une côte, elle peut suivre un sens arbitraire (par exemple, d’est en ouest). Les cartes marines et publications nautiques priment toujours sur une règle mémorisée.

Moyens mnémotechniques pour retenir bâbord et tribord
Plusieurs astuces circulent. Toutes reposent sur le même principe : associer un mot court à un côté.
- Le mot « batterie » : ba-tterie commence par « ba » comme bâbord, et se termine par « rie » comme tribord. En lisant de gauche à droite, on retrouve bâbord à gauche, tribord à droite.
- Le compte de lettres : « bâbord » et « gauche » ont le même nombre de lettres (six en comptant l’accent comme une lettre, ce qui suffit comme repère visuel). « Tribord » et « droite » en ont plus.
- Le rouge du vin de porto : « port » en anglais désigne bâbord, et le porto est rouge. Rouge, bâbord, gauche : les trois s’associent.
Ces astuces fonctionnent bien à terre. En situation réelle, c’est la répétition qui ancre le réflexe. Après quelques manoeuvres d’amarrage où le skipper demande « pare à bâbord », la confusion disparaît.
Bâbord et tribord appliqués aux règles de priorité en mer
En croisement, un voilier tribord amure (vent venant de tribord) est prioritaire sur un voilier bâbord amure. Cette règle repose entièrement sur la capacité à identifier instantanément le côté d’où vient le vent par rapport à l’axe du bateau.
Pour les navires à moteur, la règle de base en route de collision est que celui qui voit le feu rouge de l’autre (donc son bâbord) doit manoeuvrer. Identifier le côté du bateau adverse conditionne la décision d’évitement.
Bâbord et tribord ne sont pas du vocabulaire décoratif. Ils structurent la communication à bord, le balisage, les priorités et l’identification des navires. Le réflexe se construit en navigation, pas en lecture, mais poser la bonne base évite de partir avec un handicap le jour où les bouées défilent pour de vrai.

